Compte personnel de formation : le salut de la co-construction

Après dix années d’existence, le Compte personnel de formation (CPF) dont dispose chaque salarié, s’est imposé comme un outil d’accès aux compétences. Reste que du côté des employeurs, il apparaît souvent délicat de répondre aux réels besoins de l’entreprise. La tendance d’un CPF co-construit tente à s’imposer pour y remédier. Un projet de décret visant à faciliter l’abondement financier de l’employeur a été présenté début février.

© DR L’abondement des employeurs du compte CPF d’un collaborateur devrait être de nouveau faciliter.
© DR L’abondement des employeurs du compte CPF d’un collaborateur devrait être de nouveau faciliter.

Près de dix millions de formations ont été validées depuis le lancement du Compte personnel de Formation (CPF) il y a maintenant dix ans (source : ministère du Travail) représentant plusieurs milliards d’euros d’achat de formation ! Dans les chiffres, ce dispositif visant à accompagner chaque actif tout au long de sa carrière apparaît donc être un succès. Petit (voire gros bémol) certaines dérives ont été enregistrées comme la possibilité de financer un permis moto, des démarchages abusives de la part de fraudeurs proposant des formations bidons ou encore un siphonnage en règle des comptes sur la plateforme Mon Compte formation (mis en place il y a cinq ans pour gérer les formations proposées par près de 15 000 organismes de formation). Histoire de renforcer les contrôles, un décret a été publié à la fin de l’année dernière. Les choses devraient donc s’améliorer en la matière.

«Notre ambition est de bâtir une société de compétences au service des opportunités du marché du travail. Pour cela, il est nécessaire de mettre de manière accrue, ce dispositif à la disposition des politiques RH des entreprises. Je souhaite que les chefs d’entreprise prennent en compte le CPF dans le cadre de leurs politiques RH en abondant au profit de leurs salariés quand les intérêts et les envies des deux convergent», assurait Astrid Panosyan-Bouvet, la ministre chargée du Travail et de l’Emploi lors de la présentation en novembre dernier du bilan des dix ans du CPF. Co-construction et abondement, les deux maîtres-mots annoncés pour permettre réellement aux employeurs de voir leurs collaborateurs se former aux besoins de l’entreprise en tout épanouissement.

Fléchage des dotations

«Le CPF, mais plus largement l’ensemble des dispositifs de reconversion, doivent évoluer afin de répondre plus encore aux besoins des entreprises. C’est dans cet esprit que nous souhaitons engager son évolution, sans en supprimer son essence originelle, la liberté de choisir son avenir professionnel», stipule la ministre chargée du Travail et de l’Emploi.

«Former pour former, cela ne sert pas vraiment à grand-chose. L’intérêt est de construire une stratégie commune entre l’employeur et le collaborateur. Le CPF co-construit doit être un véritable outil stratégique qui redéfinit la place de l’employeur dans l’accompagnement des salariés dans la concrétisation de leurs projets CPF», assure une responsable RH.

«C’est du gagnant-gagnant. Si le projet de formation sert les intérêts des deux parties dans ce cas, il est possible que l’employeur puisse financer en partie le projet.» Cet abondement financier de l’employeur peut se faire soit en alimentant le CPF de ses collaborateurs soit via des dotations volontaires dans le cas où le compteur CPF du salarié est insuffisant pour couvrir les coûts de formation.

«Actuellement, un employeur souhaitant abonder le CPF d’un salarié doit simplement renseigner des informations de base, comme le montant versé. Mais ce système peut parfois manquer de visibilité. L’entreprise ne peut pas s’assurer que ces fonds seront utilisés pour des formations en lien avec ses besoins stratégiques.»

Histoire de permettre aux employeurs de reprendre la main, d’une certaine manière, sur les formations ciblées pour qu’elles soient en adéquation avec leurs réels besoins, un projet de décret du ministère du Travail a été présenté en février. Objectif : lever certains freins réglementaires pour encourager ce co-financement des entreprises. Les entreprises auraient alors plus de contrôles sur l’utilisation de leur contribution.

«Dans la pratique, les employeurs pourront flécher leurs dotations vers des formations certifiantes et définir des conditions précises», explique un observateur du secteur. Reste que le collaborateur demeure le seul maître de son CPF et lui seul peut choisir la formation qu’il souhaite suivre. Le dialogue s’avère nécessaire histoire d’aligner les planètes...