Agro-Sphères : l'agence de développement au service du territoire
L'agroalimentaire est le secteur clé de l'économie française, elle est la première industrie par son chiffre d'affaires et son nombre d'emplois. Dans les Hauts-de-France, la filière est un pilier économique qui compte 800 établissements et 45 000 salariés, issus à la fois de PME et de grandes entreprises nationales et internationales. A leur service, le réseau Agro-Sphères basé à Dury au sud d'Amiens, rassemble à lui seul 350 adhérents. Il les accompagne dans leur développement tout en agissant pour la mise en valeur du territoire. Créée en 2005, l'association s'appuie sur ces vingt ans d'expérience. Son directeur, Philippe Hincelin, présente l'action d'Agro-Sphères et analyse la situation du secteur agroalimentaire en ce début d'année 2025.
Picardie La Gazette : Philippe
Hincelin, vous avez pris la direction d'Agro-Sphères à un moment
charnière de l'association ?
Philippe Hincelin : Agro-Sphères
est née en 2005 à Amiens pour rassembler les entreprises
agroalimentaires de la Somme. Je suis en effet arrivé en 2009 pour
l'élargissement de l'action à la région Picardie avec l'Aisne et
l'Oise. L'association a encore évolué depuis, en toute logique
après le nouveau découpage des régions. Agro-Sphères a fusionné
avec une première structure en 2020, puis une seconde sur les années
2023/2024 pour couvrir aujourd'hui toute la région des
Hauts-de-France. Le siège est resté à Amiens, ou plus précisément
au centre Oasis de Dury, et une antenne a été créée à Lille.
Agro-Sphères s'est largement
développée dans le même temps ?
Dans notre structure même dans un
premier temps. Nous sommes maintenant huit salariés, dont deux à
Lille, quatre personnes nous ont rejoints il y a 2 ans et le dernier
recrutement a été réalisé cet été. L'association compte aussi
350 adhérents, ils constituent quatre publics différents :
environ 200 entreprises agroalimentaires qui représentent 250
établissements, une douzaine de structures d'enseignement supérieur
et d'innovation, les collectivités institutionnelles que sont les
communautés d'agglomération ou les Chambres d'agriculture par
exemple, ainsi que 120 partenaires économiques qui travaillent pour
l'agroalimentaire mais ne produisent pas, à l'image des transports,
des banques, des fournisseurs ou des constructeurs. Il faut bien sûr
associer le conseil d'administration et le bureau, présidé depuis 3
ans par Didier Hue.
Qu'apporte Agro-Shères à ses
adhérents ?
Nous avons une double casquette.
Agro-Sphères est de par nature une association régionale
d'entreprises agroalimentaires. Et nous sommes aussi une agence de
développement économique du secteur agroalimentaire, la seule qui
existe en France. En d'autres termes, nous accompagnons les
entreprises à tous les stades de leurs vies et nous travaillons à
générer de la valeur sur le territoire. C'est notre vocation
économique dans l'écosystème régional, celle d'aider les
entreprises à se développer et de créer de l'emploi et de la
richesse.
Comment générez-vous de la valeur
pour les entreprises et le territoire ?
Notre action se définit en trois
missions. La première est d'animer et valoriser la filière
agroalimentaire. Elle se traduit par l'information, l'organisation et
la création de liens entre tous les acteurs. Chaque année, nous
mettons sur pied près de 50 animations qui rassemblent plus de 1 500
participants, nous avons des clubs qui réunissent 250 membres et
nous attirons les nouveaux talents à l'occasion d'événements qui
mettent en lumière les métiers de la filière.
La deuxième mission est d'accompagner
les entreprises, ce sont 90 projets suivis là encore dans l'année,
150 entreprises rencontrées, des visites de terrain pour être à
l'écoute des entreprises, répondre à leurs besoins et proposer des
solutions.
La troisième mission est de promouvoir
le territoire à travers la participation aux grands salons régionaux
et nationaux. Nous mettons en avant les atouts de la région pour
attirer de nouvelles entreprises, nous détectons les projets
d'implantation pour les accompagner jusqu'à leur réalisation.
Le territoire est-il facile à
vendre pour attirer les projets et développer l'économie
agroalimentaire ?
La région est une terre d'agriculture,
des établissements de production agricole et de transformation y
sont historiquement implantés avec un bassin de consommation
potentiellement très grand. On peut comptabiliser 78 millions de
consommateurs avec la proximité des pays étrangers et les voies de
communication très développées. A celles-ci s'ajoute le futur
canal Seine – Nord Europe qui reliera demain Rouen à Anvers,
Rotterdam et l'Allemagne. Pour exemple, nous avons accompagné le
traiteur coréen Sias qui cherchait à s'implanter et qui a repris
une entreprise à Roye avec un investissement de 11 millions d'euros.
De plus, la population de la région
est dense, les hommes et les femmes d'ici ont surtout une véritable
culture industrielle, ils restent traditionnellement fidèles à
leurs usines. Ils représentent une ressource d'emplois indéniable
pour les entreprises, preuve en est : les trois derniers jobs
dating ont attiré 500 personnes, dont le seul événement de Péronne
avec 250 candidats.
La situation politique et économique
du pays n'influe-t-elle pas sur l'activité agroalimentaire de la
région ?
La filière est en effet très tendue,
en particulier pour les PME et des grands groupes ont aussi du mal.
Nous pouvons estimer qu'une entreprise sur deux ou trois vont avoir
des difficultés cette année. Mais il y a plusieurs maillons
attachés à cette situation. Certes, la crise du pouvoir d'achat
existe, les consommateurs ont repris des anciens réflexes de ne plus
acheter local du fait de la hausse des prix. Mais les entreprises
agroalimentaires doivent également faire face à des normes
environnementales et d'hygiène alimentaire de plus en plus
exigeantes. Cela demande des investissements et par conséquence,
cela se paie.
Dans le même temps, le poids de la
grande distribution est toujours très fort, il est d'ailleurs encore
plus concentré avec le rachat d'enseignes comme Casino par exemple.
La pression est remise sur les PME qui continuent de baisser leurs
prix, elles en ressortent affaiblies. De plus, la loi ZAN contre
l'artificialisation des sols amène d'autres problèmes. Il est vrai
que c'est une bonne chose de reprendre des bâtiments vacants, mais
la construction s'arrête, les terrains sont de plus en plus rares et
les investissements se ralentissent. On ne pourra pas
réindustrialiser comme le demande l’État s'il n'y a plus de
terrains.
Quelle est la démarche
d'Agro-Sphères pour animer la filière dans ce contexte ?
Nous n'avons pas de baguette magique,
il faut avoir conscience de la situation et nous travaillons déjà à
maintenir les positions. En revanche, nous restons positifs. Encore
une fois, la région a des atouts, elle a la particularité et la
chance de disposer d'une très grande diversité dans ses types
d'industries. Nous savons produire, transformer, il existe aussi
l'alternative végétale, et cela avec des PME diversifiées comme
des grands groupes, des leaders de l'agroalimentaire qui ont leurs
sièges en Picardie et dans les Hauts-de-France. Le belge Ecofrost
vient par exemple à son tour dans la Somme pour investir 100
millions d'euros dans une usine de transformation de pommes de terre
en frites.
Agro-Sphères continue à valoriser le tissu
agro-industriel local et sa chaîne de valeurs. Il ne faut pas
oublier qu'en France nous avons l'alimentation la plus sûre car les
entreprises essaient d'innover en permanence, de s'adapter pour
rendre cette alimentation la plus saine. Le club RSE, le dernier club
créé par Agro-Sphères, est le cœur de cible des PME que nous
accompagnons dans cet avenir.
L'agroalimentaire dans les Hauts-de-France
3e région agroalimentaire de France
1re région exportatrice de produits agroalimentaires de France
10 milliards d'euros de chiffre d'affaires
45 000 emplois