Les relations entre les entreprises, la justice et les avocats passées au crible
Les résultats d’un récent sondage réalisé auprès d’entreprises françaises montrent qu’elles ont un avis assez mitigé sur l’adaptation de la justice à leurs propres enjeux et qu’elles ont une meilleure image des avocats lorsqu’elles ont déjà eu recours à leurs services.

Analyser
la relation des entreprises avec le système judiciaire et la place
qu’y occupent les avocats. Tel est l’objectif du sondage sur «
Les entreprises et la justice », réalisé par
OpinionWay pour le cabinet d’avocats Racine, auprès d’un
échantillon de 301 dirigeants (directeurs généraux ou
propriétaires de l’entreprise, directeurs financiers ou
administratifs, directeurs ou responsables des ressources
humaines, directeurs juridiques…), représentatif de la population
des entreprises d’au moins un salarié en France.
Une
perception différente selon le profil des répondants
Le
premier enseignement de cette étude est que l’avis des dirigeants,
des DAF et des directeurs juridiques interrogés sur le
fonctionnement général de la Justice aujourd’hui en France est
très divisé. À cette question, 48%
répondent qu’elle
fonctionne « bien »
alors que l’autre moitié émet
un avis négatif (dont 18%
estimant qu’elle
fonctionne « très
mal »).
Les représentants des fonctions juridiques et financières ont
une opinion nettement plus positive de la justice que les autres, et
les petites entreprises (moins de 500
000 euros de chiffres d’affaires annuel) portent un regard
plus négatif que les autres sur le fonctionnement général de la
justice.
On
retrouve la même divergence d’opinion en ce qui concerne
l’adaptation de la justice française aux enjeux propres aux
entreprises. En effet, un peu moins de la moitié des répondants
(46%) jugent que « les instances de justice en France sont
adaptées à la résolution des problèmes auxquels les entreprises
font face », alors
que 36% ne sont pas d’accord
ou pas du tout d’accord
(18%) avec cette affirmation. Là encore, c’est dans les
plus petites entreprises que les avis sont souvent plus négatifs. De
même, les fonctions juridiques et financières estiment davantage
que les autres que la justice française est adaptée à la
résolution des problèmes auxquels les entreprises sont confrontées.
Une
majorité de contentieux commerciaux et RH
Il
ressort également de cette étude qu’un tiers des dirigeants
interrogés ont rencontré des problèmes juridiques au cours des
cinq dernières années. Leur nombre est plus important parmi les
structures de grande taille et varie selon le secteur d’activité :
elles sont 42% dans le secteur de l’industrie et du BTP, contre 23%
dans le commerce, les transports, l’hébergement et la
restauration, et 27% dans les services. Une médiation a été lancée
dans 58% des cas pour tenter de résoudre le conflit à l’amiable.
Ces contentieux rencontrés récemment concernaient un problème commercial ou de contrat (Conditions générales de vente, fournisseurs, acheteurs) dans 45% des cas ou un problème RH ou social (41%). Et, loin derrière, des problèmes administratif (14%), relatif à la transmission, l’acquisition ou la fusion d’entreprises (8%), de propriété intellectuelle, brevet ou de Copyright (8%) ou un sujet fiscal (6%). C’est dans l’industrie et le BTP que les contentieux commerciaux ont été les plus fréquents. Les contentieux RH sont, quant à eux, plus nombreux dans les secteurs des services, du commerce, des transports, de l’hébergement et de la restauration.
Relation
avec les avocats : un taux de satisfaction de 7,2/10
La
quasi-totalité des entreprises (97%) concernées par un problème
juridique ces cinq dernières années ont fait appel à un avocat
pour au moins un de ces contentieux. À la question « de
manière générale, avez-vous une bonne ou une mauvaise opinion des
cabinets d´avocats ? »,
80% des personnes interrogées ont répondu favorablement. C’est
auprès des grandes entreprises que l’image des avocats est la
meilleure. Les entreprises confrontées à des problèmes juridiques
ont également une meilleure opinion des avocats que les autres, et
la note moyenne qu’elles attribuent à leur expérience avec un
cabinet d’avocats s’établit à 7,2/10, soit un haut niveau de
satisfaction. Cette note moyenne est très similaire quels que soient
la taille de l’entreprise et son secteur d’activité.
Un
« gage de sécurité » qui
coûte cher
La
très grande majorité des entreprises sondées (97%) considèrent
qu’avoir recours à un cabinet d’avocats « coûte
cher », mais seulement 3% estiment souhaitable de baisser
le coût des services juridiques pour améliorer la gestion des
contentieux. Elles sont également assez unanimes (90%) à considérer
que recourir à un avocat est un « gage de sécurité ».
Pour 78% des répondants « cela permet de gagner du temps »
et 75% estiment que c’est « utile uniquement pour les
problèmes juridiques complexes ». Mais 36% jugent que
« cela complique la résolution des problèmes ».
Interrogés
sur leurs priorités pour améliorer la gestion des contentieux, 43%
des répondants ont cité des mesures pour résoudre ou
anticiper les problèmes avant d’entamer les procédures :
améliorer la communication et le dialogue (27%), mettre en place une
médiation ou une solution amiable (9%), et prendre des mesures
proactives telles que des formations ou la diffusion de bonnes
pratiques (7%). En parallèle, 40% souhaiteraient disposer d’un
accompagnement juridique facilité (recours à un avocat ou un
juriste en direct, accès facilité à l’expertise et l’information
juridique…). 16% ont déclaré ne pas rencontrer de difficulté
dans la gestion de leurs contentieux.
Nouvelles
obligations : les deux tiers des entreprises se disent prêtes
Quant à leurs nouvelles obligations (comme le devoir de vigilance, la CSRD, l´IA act…), ainsi qu´aux contentieux qui en découleront, seules 63% des entreprises interrogées se disent suffisamment préparées. Ce sont les plus petites structures qui sont aujourd’hui les moins à même d’y faire face, et les entreprises du secteur de l’industrie et du bâtiment.