La réalité du monde du travail sur les planches

C’est dans l’amphithéâtre de l’Espace scolaire Condorcet à Saint-Quentin que les dirigeants d’entreprises étaient invités, le 18 mars dernier, à échanger sur le rapport des salariés au travail, à l'issue de la représentation théâtrale de «Feuillets d’usine» par la Compagnie L’Échappée. Une rencontre organisée par le club «Les entreprises s’engagent» de l’Aisne.

(De gauche à droite) Jean-Christophe Storz, chef d’établissement, Marie-Christine Le Marc’Hadour, leader du Club et Didier Perrier, directeur artistique, ont présenté les objectifs de la soirée.
(De gauche à droite) Jean-Christophe Storz, chef d’établissement, Marie-Christine Le Marc’Hadour, leader du Club et Didier Perrier, directeur artistique, ont présenté les objectifs de la soirée.

Le club «Les entreprises s’engagent» porté par la CCI de l’Aisne multiplie les actions pour faire se rencontrer les jeunes en formation, les chefs d’entreprises et les acteurs de l’emploi sur le territoire. Le dernier rendez-vous en date était une invitation à découvrir la pièce de théâtre «À la ligne»adaptée du roman de Joseph Ponthus, par la Compagnie saint-quentinoise L’Échappée. L’auteur y raconte ses journées et nuits de travail en tant «que petit intérimaire» dans des usines de Bretagne où il vide des cartons de crevettes dans une usine de poissons avant de porter des carcasses de viande dans un abattoir. Relations avec les collègues, comportement des chefs de lignes, suivi avec les agences d’intérim, tout y passe, sans jugement ni revendication militante «à hauteur d’hommes», dira Didier Perrier, directeur artistique de la compagnie lors des échanges à l’issue de la représentation de «Feuillets d’usine. Impromptu».

Donner du sens au travail

«Feuillets d’usine. Impromptu» est une version courte de la pièce «À la ligne»qui ne reprend que la première partie de l’ouvrage, l’expérience de Joseph Ponthus sur les chaînes en poissonnerie, explique Didier Perrier, un format léger qui peut être facilement joué dans des centres sociaux ou des établissement scolaires mais parfois en des lieux plus atypiques comme un terrain de pétanque ! Dans l’amphithéâtre du lycée Condorcet, le duo de comédiens Noëllie Thibault et Laurent Nouzille, a embarqué l’auditoire dans l’univers «d’un petit intérimaire de 40 balais comme Ponthus», un public curieux de découvrir le regard de cet éducateur de formation sur le travail en usine. 

La question posée plus globalement par Laurent Nouzille, comédien sur scène mais également formateur de managers à la ville, est la suivante : «qu’est-ce que fait le travail sur nous ?». Les impacts vont bien au-delà de la fatigue physique, les intervenants évoquent la question de la santé psychique des ouvriers. Sur la pénibilité du travail, peut-être faut-il réfléchir à améliorer les conditions matérielles de travail mais surtout oser aborder la question sous son aspect humain, le mot est lâché «donner du sens au travail».

Laurent Nouzille, comédien et formateur, a échangé avec les entrepreneurs axonais présents dans la salle

Du théâtre de questionnement

Didier Perrier raconte les expériences partagées avec les équipes dans les entreprises, petites ou grandes, qui ont accueilli les comédiens en répétition : «la parole était assez libre, le théâtre permet ça, la distanciation». Mais le metteur en scène relaie le commentaire d’une jeune fille qui, en janvier dernier, assistant à la représentation de la pièce à la Scène Europe, voisine du lycée professionnel Condorcet : «à partir de maintenant, je ne regarderai plus mon père de la même manière». Le texte porté sur scène par les comédiens interroge les futurs recrutés sur leur projet professionnel et questionne les employeurs sur leurs pratiques au quotidien. Avant de quitter l’amphithéâtre, un chef d’entreprise lâche : «merci pour cette remise en question». À chacun désormais de trouver sa solution… l’engagement est pris !