Féminicide de Mérignac: Chahinez "savait qu'elle allait mourir", selon ses proches

Chahinez Daoud, brûlée vive en 2021 à Mérignac, "vivait dans la peur" car elle se savait condamnée à mort, selon les récits de ses proches mercredi au troisième jour du procès de son ex-mari...

Un policier participe, le 24 mai 2023, à la reconstitution du meurtre de Chahinez Daoud, tuée en 2021 à Mérignac, près de Bordeaux © MEHDI FEDOUACH
Un policier participe, le 24 mai 2023, à la reconstitution du meurtre de Chahinez Daoud, tuée en 2021 à Mérignac, près de Bordeaux © MEHDI FEDOUACH

Chahinez Daoud, brûlée vive en 2021 à Mérignac, "vivait dans la peur" car elle se savait condamnée à mort, selon les récits de ses proches mercredi au troisième jour du procès de son ex-mari pour "assassinat" devant les assises de Gironde.

"Chahinez répétait: même si je vis un an, deux ans, je vais mourir", rapporte, à toute allure, sa meilleure amie, rencontrée en 2018 à Mérignac, dans la banlieue de Bordeaux.

Selon cette "berbère d'Algérie", travaillant dans la petite enfance, tout "comme elle", la victime "vivait dans la peur" auprès de Mounir Boutaa, son époux de 2015 à sa mort le 4 mai 2021.

"Elle s'est toujours battue pour elle et ses enfants", "voulait avancer" mais "savait qu'il allait la tuer".

Pour sa sœur, Chahinez "était une reine. Une merveilleuse sœur pour ses sœurs, une merveilleuse maman pour ses enfants", également "très appréciée des familles de la crèche" où elle travaillait, après une formation d'éducatrice en Algérie.

Chahinez se barricadait

Coups, menaces de morts, chantage à la venue du fils aîné de Chahinez Daoud, bloqué un temps à Alger: le mis en cause présentait, selon les amies de la victime, et d'après son ex-famille, une jalousie et un désir de contrôle inouïs.

Il vérifiait régulièrement son téléphone, déchirait ses papiers administratifs pour l'empêcher de travailler, était persuadé qu'elle le trompait - ce que contredit l'enquête.

"Il disait: +Elle m'appartient, elle est à moi+... Même si elle avait un chat sur ses jambes, il en était jaloux", poursuit cette amie, après avoir "toujours eu peur" de l'accusé "qui nous détestait" car on lui "conseillait de le quitter".

"Chahinez se barricadait", vivait "sous les insultes" et paraissait "soumise" à l'accusé, complète la voisine du pavillon du couple, plus âgée.

Quand le mari a été incarcéré quelques mois pour "violences conjugales" en 2020, Chahinez Daoud est redevenue "sereine" et "ne vivait plus dans la peur", relate en visio, sous un ton inquiet, une autre amie depuis son domicile dans l'agglomération bordelaise.

Dans le box, Mounir Boutaa, chemise beige sous une doudoune matelassée bleue, lève les yeux au ciel.

Depuis lundi devant les assises de Gironde, l'accusé, n'a exprimé ni regrets ni culpabilité. Sans un regard vers la famille, il a présenté mercredi "ses excuses" à un témoin, un voisin, qui avait tenté, en vain, d'éteindre les flammes. Ce dernier a décrit "des images terribles", de voir "une femme brûler à vos pieds, avec l'odeur, la chaleur qui montent" et "ses lèvres bougeaient pour respirer".

Mercredi matin, le maçon franco-algérien de 48 ans a cependant versé des larmes, à chaque fois que l'un de ses enfants, issus d'une première union, a déposé.

A la barre, ces derniers ont décrit un père "avec qui on ne manquait de rien", sauf d'"affection", précise son fils.

Passé violent

Pour sa belle-fille, aînée de la première compagne de M. Boutaa, rencontrée en 2000, le mis en cause avait des allures de "héros" à son arrivée dans ce premier foyer "aux difficultés financières".

Mais une fois à l'âge de l'adolescence, "il ne supportait pas que je prenne soin de moi, déchirait mes slims, mes T-shirts, jetait mon maquillage, me frappait", relate la trentenaire, également témoin "d'étranglements" sur sa mère.

À la barre, cette première compagne, Française, avec laquelle l'accusé a eu trois enfants, a décrit un "père aimant" sans être "super présent", "serviable" mais "très jaloux" et accroc "à l'alcool et aux médicaments", énumérant gifles, coups de pieds et insultes reçues.

"Il ne renonce jamais", a souligné la première épouse, disant n'avoir pu "lui tenir tête" qu'après une courte séparation en 2011, suivie d'une demande de divorce.

Quand il l'a signée en 2016, après s'être remarié avec Chahinez Daoud, elle raconte qu'il lui a lancé: "Tu as eu beaucoup de chance d'être la mère de mes enfants. Sinon, je t'aurais tuée".

Pour le frère aîné du mis en cause, qui a "demandé pardon, au nom de toute la famille, surtout ma mère", en se tournant brièvement vers les parents de la victime, Mounir Boutaa a vécu comme "une trahison" la volonté de séparation de Chahinez Daoud.

D'après ce sexagénaire, "la personne" qui a commis "cet acte horrible", n'est "pas une personne normale". Il l'explique par son enfance passée dans les années 1990 en Algérie avec "dix ans de terrorisme".

"Les enfants qui avaient 10, 12, 13 ans, n'ont pas été suivis par des psychologues… on voit maintenant le résultat", ajoute-t-il. "S'ils ont perdu leur fille, nous aussi, on a perdu notre frère".

37Y92CP