Carburants non-fossiles: doutes de compagnies aériennes sur les objectifs européens

Les principales compagnies aériennes européennes ont mis en doute jeudi la faisabilité des objectifs d'incorporation de carburants renouvelables dans les réservoirs de leurs avions à l'horizon 2030, estimant que leur...

Logo de la compagnie allemande Lufthansa sur un de ses appareils à l'aéroport de Francfort le 7 mars  2024 © Kirill KUDRYAVTSEV
Logo de la compagnie allemande Lufthansa sur un de ses appareils à l'aéroport de Francfort le 7 mars 2024 © Kirill KUDRYAVTSEV

Les principales compagnies aériennes européennes ont mis en doute jeudi la faisabilité des objectifs d'incorporation de carburants renouvelables dans les réservoirs de leurs avions à l'horizon 2030, estimant que leur production risquait de ne pas être suffisante.

L'Union européenne, dans le cadre de ses efforts de décarbonation, impose qu'une partie croissante des carburants d'aviation soit issue de sources non-fossiles ("sustainable aviation fuels", SAF en anglais).

Fixée à 2% depuis le début de l'année, cette proportion doit monter à 6% en 2030 et progressivement jusqu'à 70% en 2050.

Mais d'ores et déjà, "nous ne disposons pas d'assez de SAF, et le SAF que nous avons est très cher", trois à cinq fois plus que le kérosène issu du pétrole, a affirmé Luis Gallego, patron du groupe aérien IAG (British Airways, Iberia...) au nom de l'association Airlines for Europe (A4E). 

A4E, qui représente 17 groupes européens, de Lufthansa à Ryanair en passant par Air France-KLM et easyJet, organisait jeudi une conférence de presse à Bruxelles pour réclamer à Commission européenne qu'elle défende leur "compétitivité" à l'échelle mondiale.

M. Gallego a cité une étude affirmant que la production de SAF serait inférieure de 30% en 2030 aux niveaux nécessaires.

"Il est désormais évident que l'offre de SAF ne sera pas au rendez-vous pour atteindre les objectifs de 6% d'ici à 2030", a renchéri le patron de Ryanair, Michael O'Leary.

"A moins que des mesures soient prises immédiatement" pour faire augmenter la production, "la seule solution est de décaler l'objectif 2030", a ajouté M. Gallego.

Au niveau mondial, le secteur aérien, qui contribue actuellement à quelque 3% des émissions de CO2, s'est engagé à "zéro émission nette" à l'horizon 2050 et compte à 65% sur les SAF pour atteindre ces objectifs.

"Je pense que nous sommes tous alignés sur notre engagement à zéro émission nette d'ici à 2050", a affirmé jeudi le directeur général d'Air France-KLM, Benjamin Smith.

Mais le patron du groupe Lufthansa, Carsten Spohr, a estimé que le retard d'Airbus dans son programme d'avion à hydrogène, et la priorité désormais donnée par certains groupes pétroliers à la production d'énergies fossiles "auront des conséquences sur l'objectif" 2050.

"Faisons en sorte de créer un débat plus honnête sur ce sujet", a-t-il plaidé.

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