Royaume-Uni et France prolongent un accord contre les migrations clandestines
Le ministre français de l'Intérieur Bruno Retailleau et son homologue britannique Yvette Cooper ont annoncé jeudi la prolongation d'un an d'un traité permettant à Londres de cofinancer des moyens français destinés à empêcher...

Le ministre français de l'Intérieur Bruno Retailleau et son homologue britannique Yvette Cooper ont annoncé jeudi la prolongation d'un an d'un traité permettant à Londres de cofinancer des moyens français destinés à empêcher les traversées clandestines meurtrières de la Manche.
M. Retailleau, qui a reconnu à l'issue de la visite avoir eu un "bras de fer sur le plan financier" après un changement des règles de remboursement par les Britanniques, a néanmoins adopté un ton conciliant, saluant les efforts de Londres contre l'immigration illégale.
Malgré des discussions "âpres", "nous sommes d'accord sur les objectifs et nous parvenons toujours au final à nous entendre", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse commune au Touquet (Pas-de-Calais).
Le traité de Sandhurst a été prolongé jusqu'en 2027, par un avenant à l'accord triennal 2023-2026.
Dans le cadre de ce traité signé en 2018, Londres finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.
Cette prolongation permettra de financer des projets immobiliers non achevés mi-2026 pour un montant de 25 millions d'euros: des fonds déjà programmés mais qui pourront ainsi être utilisés notamment pour construire un centre de rétention administrative à Dunkerque (Nord), a précisé Beauvau.
Les deux ministres sont partis tôt jeudi matin du Touquet pour survoler le littoral en avion. Ils ont ensuite visité un barrage installé sur un cours d'eau pour empêcher les embarcations clandestines de rejoindre la mer, ou encore la gendarmerie d'Etaples-sur-Mer, équipée de drones et caméras thermiques.
"Nous avons contrôlé le travail et les investissements effectués dans le cadre de l'accord de Sandhurst", afin d'assurer qu'ils sont "utilisés le plus efficacement possible" a déclaré Mme Cooper, ajoutant que son gouvernement versera in fine "les mêmes fonds que ceux prévus".
Londres s'est engagé à verser "541 millions d'euros entre 2023/2024 et 2025/2026", selon un rapport parlementaire britannique de décembre 2024.
Casernes
Alors que les tensions semblaient s'être ravivées autour des questions migratoires qui empoisonnent de longue date les relations entre Londres et Paris, M. Retailleau a salué "des mesures très innovantes" du Royaume-Uni pour diminuer son "attractivité" pour les migrants, et notamment la possibilité d'y travailler illégalement.
"Nous avons augmenté substantiellement" les expulsions mais aussi multiplié "les opérations contre le travail illégal" y compris en utilisant "des kits biométriques" pour identifier les travailleurs étrangers, a expliqué Mme Cooper.
Parmi les autres projets devant être cofinancés d'ici 2027 figurent des casernes pour les CRS déployés en renfort sur le littoral, ou encore des formations pour les opérateurs de drones.
En contrepartie des fonds britanniques, Paris s'est engagé depuis 2023 à augmenter le taux d'interception d'embarcations destinées à traverser la Manche et réduire "notablement" le nombre de traversées.
Les traversées avaient atteint un nombre record en 2022, quand plus de 45.000 personnes étaient parvenues à rejoindre le Royaume-Uni. Elles avaient chuté en 2023, avant de rebondir de 25% l'an dernier avec 36.800 arrivées.
M. Retailleau a également plaidé jeudi pour un "changement de doctrine" permettant aux forces françaises d'intercepter des bateaux même quand ils sont déjà à l'eau, pour contrer la nouvelle tactique des "taxis-boats", qui arrivent par la mer pour embarquer des migrants directement dans l'eau, évitant ainsi les interceptions sur les plages.
Face au durcissement sécuritaire, passeurs et candidats à l'exil prennent des risques accrus, déplorent des associations de soutien aux migrants et des experts. Au moins 78 personnes sont mortes en tentant de rallier l'Angleterre par la mer en 2024, un record.
La maire de Calais Natacha Bouchart (divers droite) s'est dite "très déçue" de mesures qui ne lui semblent pas à même de ralentir les départs, appelant de ses voeux une "réunion au sommet de l'ensemble des ministres de l'Intérieur européens et britannique".
Déplorant que depuis le Brexit les mécanismes d'immigration vers le Royaume-Uni "ont été détruits", M. Retailleau a assuré travailler à un accord sur le plan européen, espérant que "dans l'année qui vient, on sera capable de mettre des solutions plus larges sur la table".
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