Procès Nemmouche: le geôlier bavard, les ex-otages formels
En Syrie, leur geôlier parlait, parlait, sans arrêt. Les ex-otages français sont formels vendredi : c'est bien la même voix qui a résonné la veille des heures durant devant les assises...

En Syrie, leur geôlier parlait, parlait, sans arrêt. Les ex-otages français sont formels vendredi : c'est bien la même voix qui a résonné la veille des heures durant devant les assises spéciales de Paris, celle de Mehdi Nemmouche.
Cette voix, ils l'avaient entendue en captivité, entre 2013 et 2014, chanter Charles Aznavour ou "Douce France". Chanter aussi les louanges de Mohamed Merah, qu'il aimerait imiter et "fumer une petite juive de quatre ans". Se vanter d'exactions, faire des quiz, parler de "Faites entrer l'accusé", lancer "mon p'tit Didier !!!" à l'aîné des otages français, Didier François.
Vendredi à l'audience, le journaliste de 65 ans évoque un "petit miracle de l'oralité" des débats à l'audience de la veille: "J'ai retrouvé le Mehdi Nemmouche que je connais".
"Les mêmes termes", "les mêmes gestes", "les mêmes obsessions", "le même panthéon", "les mêmes discussions", énumère Didier François, habillé en noir, barbe et cheveux blancs.
Jeudi, Mehdi Nemmouche, condamné à la perpétuité en Belgique pour quatre assassinats terroristes au musée juif de Bruxelles en 2014, s'est livré à une longue diatribe tout en persistant à nier son rôle présumé de geôlier.
Didier François y a retrouvé "cette volonté d'héroïsation", "de justification du combat", explique le journaliste en se tournant vers le box. Hautes pommettes saillantes, Mehdi Nemmouche, l'air pincé, lui lance un regard noir, en coin.
Dangereux
Soulignant la bonne connaissance qu'a Mehdi Nemmouche du système carcéral, le journaliste estime qu'"il nous a fait la démonstration hier de son objectif réel" : poursuivre son entreprise "en recrutant des gens en prison qui se radicaliseraient".
"Je pense que Mehdi Nemmouche est dangereux, il vous l'a montré hier", prévient-il.
"Moi en tant que partie civile et otage, je n'ai aucun doute" qu'il était l'un de leurs geôliers, poursuit-il, évoquant ses "attitudes", ses "discours".
Il explique que les ex-otages n'ont "pas de volonté de vengeance", mais "une volonté de protéger nos compatriotes", évoquant le sentiment de "frustration dans le fait de ne pas avoir réussi à empêcher les attentats" jihadistes qui ont ensanglanté la France à partir de 2015.
Invité à réagir, Mehdi Nemmouche se lève: "Je comprends sa souffrance, elle est légitime, mais je ne suis pas responsable de ça".
A son tour, Edouard Elias décrit le geôlier qu'ils connaissaient sous le nom de guerre d'Abou Omar comme "un taré qui vient nous en foutre plein la gueule".
Au bout d'un certain temps de captivité, "le niveau de violence commence un peu à baisser", raconte-t-il, et se souvient d'un jour où ce geôlier "commence à discuter, discuter".
Biais cognitif
"Ca partait dans tous les sens", se remémore Edouard Elias. Le photographe de 33 ans pensait que ce francophone, qu'ils connaissaient sous le nom d'Abou Omar, n'avait pas un grade très élevé, "parce qu'il passait du temps avec nous, il venait papoter".
"Mais c'est pas seulement une voix", il y a "aussi une façon de parler", "les sujets qui sont traités", qui lui permettent de reconnaître ce geôlier : "Moi je n'ai aucun doute".
"Hier c'était reparti, il s'arrêtait plus, heureusement j'avais mangé avant", lance Edouard Elias, suscitant des rires, quelques instants après avoir évoqué les "privations de nourriture" infligées aux otages.
Il se souvient de "quelqu'un qui nous parlait tout le temps, quelqu'un qui parlait, parlait...".
Mehdi Nemmouche invoque un "biais cognitif", terme qui revient en boucle du côté de la défense, "on peut se tromper en toute bonne foi".
"C'est un fou furieux dangereux", lance Edouard Elias, balayant les dénégations de Mehdi Nemmouche: "il peut opposer ce qu'il veut, je m'en fous", "je le reconnais par la voix".
Nicolas Hénin, qui avait commencé à reconnaître Mehdi Nemmouche sur photo, a lui aussi expliqué avoir acquis la certitude qu'il était l'un de ses geôliers en l'identifiant par sa voix.
Pour Pierre Torres, la "certitude" est devenue "absolue" quand il a entendu des enregistrements. "Je l'ai reconnue comme je reconnais la voix de mon frère, comme je reconnais la voix de Jacques Chirac."
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