Femmes et hommes ne sont pas égaux face à l'alcool, avertissent les autorités de santé

Femmes et hommes ne sont pas égaux face à l'alcool: il entraîne chez elles des dommages plus graves, plus rapides ou spécifiques comme le cancer du sein, des risques pas assez évalués et accompagnés au...

Dans un bar à Toulouse, le 11 septembre 2023 © Charly TRIBALLEAU
Dans un bar à Toulouse, le 11 septembre 2023 © Charly TRIBALLEAU

Femmes et hommes ne sont pas égaux face à l'alcool: il entraîne chez elles des dommages plus graves, plus rapides ou spécifiques comme le cancer du sein, des risques pas assez évalués et accompagnés au plan médical, estiment les autorités de santé.

Les professionnels de santé, médecins généralistes, infirmiers, kinés, sage-femmes, gynécologues, diététiciens mais aussi les travailleurs sociaux... doivent être sensibilisés aux spécificités de l'exposition des femmes à l'alcool, au-delà des périodes de grossesse et de maternité, souligne mercredi la Haute Autorité de santé (HAS), qui publie à leur intention des documents d'information.

En abordant ce sujet régulièrement en consultation, comme ils le font pour le tabagisme ou l'activité physique, tout "en veillant à éviter tout jugement moral", ils pourront accompagner les femmes "dans la compréhension de leurs usages et la diminution de leurs risques", tout en respectant "leurs choix, leurs priorités et leur intimité", dit-elle.

"L'objectif n'est pas du tout de créer une panique sanitaire, c'est de vraiment mieux informer, être plus au clair sur les risques qu'on peut prendre, et le fait que, sans tomber dans des propos hygiénistes: +Il faut arrêter de consommer+, il est possible de diminuer ces risques pour soi et son entourage, sans forcément changer radicalement son mode de vie", précise à l'AFP Marie-Olivia Chandesris, cheffe de projet scientifique à la HAS, qui a dirigé la publication.

L'enjeu pour les femmes est important: du fait de "son impact hormonal, sur la vie génitale, la santé sexuelle, l'intimité, la procréation, la périnatalité et son effet cancérigène", la consommation d'alcool est "un sujet de santé globale" tout au long de leur vie. 

"Le cancer du sein est le premier cancer de la femme, et ce qui est extrêmement important, c'est qu'un tiers de ces cancers relèvent de consommations d'alcool qui sont dites légères à modérées, c'est à dire en-deçà des fameux repères de consommation dites à moindre risque", dit Mme Chandesris.

"Dès les plus petites consommations, il y a aussi le risque accidentel, de traumatologie, d'agressions... et de suicidologie, alors qu'on s'imagine qu'il y a des problèmes quand on en est au stade d'une addiction très grave et très avancée: c'est faux", indique-t-elle.

Sous-évaluation médicale

Anxiété, dépression et traumatismes, notamment sexuels, qui favorisent la consommation d'alcool sont plus fréquents chez les femmes, soumises par ailleurs à des "injonctions normatives, esthétiques, conjugales, familiales, sources de stress, de stigma et de honte", les poussant à dissimuler leur consommation, constate la HAS.

Selon les enquêtes sur le suicide, les femmes sont "très nombreuses à consommer des antidépresseurs ou de l'alcool, des pratiques pouvant être considérées comme des formes de régulation d'un mal-être", observe la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) dans une publication consacrée au suicide mardi.

Les femmes sont aussi victimes de violences intrafamiliales et d'agressions, notamment sexuelles, du fait des usages de leur entourage. "Il y a une association très claire entre des usages d'alcool et des antécédents traumatiques, quels qu'ils soient, passés ou présents. Même si les gens n'arrivent pas à faire le lien", rapporte Mme Chandesris.

Au plan social, les femmes sont jugées "encore plus négativement, moralement, par exemple traitées de mauvaises mères", que les hommes en difficulté avec leur consommation d'alcool. Elles souffrent par ailleurs d'"une sous-évaluation médicale" et d'"un moindre accès aux aides disponibles", selon la médecin.

Des dispositifs adaptés existent pourtant: consultations dédiées dans des centres de soins d'accompagnement et de prévention des addictions (CSAPA), plateforme Alcool info service, groupes de parole d'associations d'entraide.

L'Autorité alerte aussi sur la consommation d'alcool des hommes lors de la conception d'un enfant: "les troubles du spectre de l'alcoolisation fœtale peuvent aussi résulter de leurs usages -via la toxicité de l'alcool transmise par les spermatozoïdes- et non pas uniquement de ceux des femmes durant la grossesse". 

"Face à ces risques, le principe de précaution consiste en l'arrêt de toute consommation d'alcool dès le désir d'enfant ou l'arrêt d'une contraception, pour la femme jusqu'à la fin de l'allaitement, pour l'homme jusqu'au diagnostic de grossesse". 

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