Cordon Group : un rachat douloureux pour un nouveau départ

Le rachat s’est fait au fil de l’eau, mais non sans remous. En juillet 2023, Cordon Groupe, spécialiste de la fabrication (EMS), de la réparation, de la rénovation et du recyclage de produits électroniques, a pris un tournant conséquent en faisant l’acquisition de l’activité service après-vente (SAV) de SBE, basée à Saint-Léonard. Une opération stratégique pour cette entreprise bretonne, dont le siège est à Quévert.

Avec l'inauguration des nouveaux locaux de l’entreprise à à Saint-Martin-Boulogne, une page est tour-née. © Cordon Group
Avec l'inauguration des nouveaux locaux de l’entreprise à à Saint-Martin-Boulogne, une page est tour-née. © Cordon Group

«Ce rapprochement nous a permis d’étendre notre empreinte géographique et de renforcer nos compétences sur certaines typologies de produits», explique Cécile Couboulic, directrice de la communication chez Cordon Group. Avant cette acquisition, l’entreprise était implantée au Mexique, au Brésil, en Hongrie et en Allemagne, tandis que SBE opérait au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Pologne, au Portugal et au Canada. Aujourd’hui, Cordon Group est présent dans 13 pays outre la France.


Un coup dur : les machines sous l’eau

À peine quatre mois après son acquisition, Cordon Group est frappé de plein fouet par un imprévu climatique. En novembre 2023, la Liane sort de son lit et inonde le site de SBE. Dans les locaux, l’eau atteint jusqu’à 70 centimètres. «En tant qu’entreprise spécialisée dans l’électronique, l’eau est notre pire ennemie. Nos priorités ont immédiatement été la sécurité des équipes et la sauvegarde de notre informatique», se souvient Cécile Couboulic.

Les dégâts sont lourds : postes de travail détruits, pièces détachées inutilisables et, surtout, un système informatique vital pour l’activité gravement menacée. «Nous avons réussi à sauver in extremis nos serveurs, une mission essentielle, car sans traçabilité informatique, nous ne pouvions plus travailler. Notre activité aurait été à l’arrêt».

Un rebond sous haute pression

Face à cette situation critique, Cordon Group réagit immédiatement. Une cellule de crise est mise en place et une solution provisoire est trouvée : la mairie de Saint-Léonard met à disposition une salle de sport pour servir d’entrepôt de secours, tandis qu’un data center mobile, en cours de développement par Cordon Group et présenté quelques mois plus tôt au salon Eurosatory, est testé en conditions réelles pour permettre la poursuite de l’activité. «C’est dans ces moments-là que l’on mesure l’importance du collectif. Les élus nous ont apporté un soutien précieux», souligne Cécile Couboulic. Une trentaine de salariés reprennent temporairement leur travail dans ces installations, tandis que les autres demandes clients sont redirigées vers les sites du groupe pour éviter toute rupture de flux.

Mais face à l’ampleur des inondations, cette solution s’avère rapidement insuffisante. Une alternative est alors mise en place : 5 000 m2 de chapiteaux sont montés sur le site de Chatel Nord à Outreau pour accueillir les équipes et relancer l’activité dans des conditions acceptables. Chauffage, sanitaires provisoires et espaces de travail adaptés sont installés en un temps record. «L’union des forces bretonnes et nordistes a fait des merveilles. Tout le monde s’est mobilisé, des équipes du siège aux techniciens sur place». Malgré les pertes matérielles, aucun client n’est perdu. «Nous avons joué la transparence avec nos partenaires, ce qui a renforcé leur confiance. Ils ont compris nos mesures et ont maintenu leur collaboration avec nous».

De la tempête à l’essor

Aujourd’hui, l’activité a retrouvé un cadre serein et une visibilité pérenne. En avril 2024, Cordon Group investit des locaux à Saint-Martin-Boulogne, un ancien site logistique de 6 400 m2 réaménagé pour accueillir l’équipe. «Nous avons fait le choix d’un lieu hors de la zone inondable et avons travaillé avec un architecte pour l’adapter à nos exigences industrielles», précise la communication manager. Le déménagement s’est achevé en janvier 2025 avec l’arrivée des derniers salariés. L’implantation nordiste n’a pas seulement été sauvée ; elle a grandi. Depuis le rachat, les effectifs de l’ex-SBE sont passés de 300 à 450 salariés. «Nous avons pu embaucher et renforcer nos compétences. Aujourd’hui, ce site est le deuxième plus important du groupe après Dinan».

L’entreprise voit l’avenir avec optimisme. Outre une modernisation de ses installations, elle mise sur une nouvelle identité visuelle et un renforcement de sa stratégie internationale. «Nous avons tourné la page de cette épreuve. Désormais, notre objectif est d’accélérer notre développement tout en restant fidèles à notre engagement : un service client irréprochable et une adaptation constante aux défis du marché», conclut Cécile Couboulic.

Pour Aletheia Press, Lolita Péron