"C'était pas un bébé Destop": à la barre, le cri de colère des parents de Lisa

Ils veulent que le procès reste celui du "monstre" qui a tué leur fille, pas celui des crèches privées: les parents de Lisa ont laissé entendre leur souffrance mercredi devant la cour d'assises du Rhône...

Le procès d'une ancienne employée de crèche accusée d'avoir tué une fillette de 11 mois s'est ouvert à Lyon le 1er avril 2025 devant la cour d'assises du Rhône © OLIVIER CHASSIGNOLE
Le procès d'une ancienne employée de crèche accusée d'avoir tué une fillette de 11 mois s'est ouvert à Lyon le 1er avril 2025 devant la cour d'assises du Rhône © OLIVIER CHASSIGNOLE

Ils veulent que le procès reste celui du "monstre" qui a tué leur fille, pas celui des crèches privées: les parents de Lisa ont laissé entendre leur souffrance mercredi devant la cour d'assises du Rhône, où l'accusée leur a présenté de courtes excuses.

"Moi je veux parler de la monstruosité". La voix s'élève dans l'immense salle du palais de justice. C'est celle de la mère de Lisa. Appelée à la barre des témoins, elle parle d'un trait. On sent l'émotion, mais aussi la colère, qui monte.

"C'était pas un bébé Destop", s'insurge-t-elle. "Ce n'est pas le bébé assassiné dans une crèche. C'était une fille, une petite fille, une nièce, une cousine...", un bébé "qui riait tout le temps".

En 2022, à quelques jours de son premier anniversaire, Lisa a succombé à de graves brûlures parce que l'employée de la crèche lyonnaise où elle était gardée lui a fait ingérer du déboucheur pour canalisation, un produit très caustique.

Trois ans plus tard, sa mère, très affectée depuis le début du procès, se tient droite. Elle s'offusque du qualificatif de "souffrance" associée à l'accusée, Myriam Jaouen, à propos de ses conditions de détention. "La souffrance c'est d'aller dire au revoir à son enfant sur un lit d'hôpital. C'est choisir un cercueil tout petit pour son tout petit bébé."

"On est là pour débattre d'un acte monstrueux, commis par un monstre. Parler des crèches c'est un mauvais sujet", ajoute-t-elle, en référence aux débats sur la recherche en rentabilité dans les crèches privées ouvert après cette tragédie.

du mal à croire ce que j'ai fait

La mère de Lisa dit ne rien attendre de Myriam Jaouen, qu'elle souhaite voir condamnée "et qu'elle ne sorte pas".

"Prenez votre responsabilité", lui lance-t-elle par deux fois en la fixant du regard. Sur le banc des accusés, la jeune femme qui encourt la réclusion à perpétuité, garde les yeux baissés.

Un peu plus tard, cette dernière présente tout de même des excuses pour son "acte grave".

Toujours vague dans ses explications, elle s'entête dans une version peu compatible avec les constatations de l'enquête. Elle affirme encore qu'elle ne pensait pas que le produit toxique allait tuer l'enfant.

L'avocat Jean Sannier lui demande alors un "moment de sincérité". Et cette fois, la réponse change: "je lui ai tenu derrière la tête". Elle reconnait avoir versé le produit caustique "pas profondément" mais directement dans la bouche. Jusqu'à présent, elle évoquait un geste rapide, de quelques secondes, incompatible selon les experts avec les importantes lésions internes constatées.

A l'avocat général, elle dit s'être "rabattue" sur la fillette parce qu'elle "n'était pas bien". 

L'une des deux avocates de la défense, Me Maylis Leduc tente de la faire aller plus loin. "Je ne me suis pas rendue compte sur le coup", répond Myriam Jaouen. "Même encore encore aujourd'hui, j'ai du mal à croire ce que j'ai fait". 

"Ce sont des explications qui restent assez courtes", reconnaît Me Leduc à la sortie de l'audience. "Mais elle a pu donner plus de détails, en tout cas qui sont plus cohérents avec les pièces médicales du dossier et toutes les expertises". 

Pas confiance

Le 22 juin 2022, la jeune femme, alors âgée de 27 ans, était seule à l'ouverture de la micro-crèche du groupe People & Baby, quand le père de Lisa est venue déposer la fillette.

"Elle l'a laissée au sol agoniser seule. Elle a menti. Elle a dissimulé les preuves", s'étrangle-t-il en parlant de Myriam Jaouen à la barre des témoins. Il dit qu'il n'avait "pas confiance" en cette employée qui ne répondait jamais que par "oui, non, je sais pas".

Quand il est parti juste avant 8H00, sa fille "ne pleurait pas". "Je n'aurais pas laissé ma fille comme ça", assure-t-il.

Quelques minutes plus tard, deux femmes venues déposer leur fils ont trouvé l'employée en panique, et l'enfant en train de vomir. La fillette est décédée en fin de matinée à l'hôpital où elle avait été transportée.

Le verdict est prévu jeudi.

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