Buralistes de Meurthe-et-Moselle : la transformation engagée face à un mur d’incertitudes

Inquiétudes, angoisses, on n’est pas loin du ras-le-bol général du côté des buralistes de Meurthe-et-Moselle. Augmentations récurrentes des prix du tabac, amplification du marché parallèle et des ventes à la sauvette, recrudescence depuis plusieurs semaines des cambriolages et braquages des débits de tabac au niveau national, viennent entraver la transformation engagée depuis plusieurs années de ceux qui s’affichent comme commerçants d’utilité locale.

© Benjamin Prost «Dans le climat général, nous devons surmonter les difficultés en continuant à nous remettre en cause pour nous transformer», assure Hervé Garnier, le président de la Fédération des buralistes de Meurthe-et-Moselle.
© Benjamin Prost «Dans le climat général, nous devons surmonter les difficultés en continuant à nous remettre en cause pour nous transformer», assure Hervé Garnier, le président de la Fédération des buralistes de Meurthe-et-Moselle.

Du jamais vu depuis près de vingt ans avec une baisse générale d’activité oscillant entre 15 et 20 % et une baisse en volume des ventes de près de 12 %. «Je ne sais pas ce que cela va donner, une grosse casse est à prévoir.» Dans son bureau de tabac d’Essey-lès-Nancy en ce début mars, Hervé Garnier, le président de la Fédération des buralistes de Meurthe-et-Moselle et vice-président national est loin d’afficher une sérénité à toute épreuve.

Déjà l’an dernier à l’occasion de l’assemblée générale de la fédération meurthe-et-mosellane, Philippe Coy, le président national de la Confédération des buralistes (qui quittera ses fonctions le
9 octobre prochain à l’occasion de l’élection d’un nouveau président national) assurait que la situation était loin d’être mirobolante.

© Benjamin Prost La vente de tabac représente encore près de 40 à 50 %, voire plus, du CA des buralistes.

«La période est chargée d’incertitudes. Le réseau est touché par la crise énergétique et par la crise économique. Les émeutes de fin juin 2023 ont laissé des cicatrices à grand nombre de nos collègues et les dernières augmentations des prix sont vécues comme une injustice par le réseau.» Un an plus tard, la situation semble être encore pire.

Une donne qui a été mise en avant à l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération des buralistes de Meurthe-et-Moselle qui s’est déroulée à Nancy le 29 mars. Le nombre de buralistes dans le département se réduit comme peau de chagrin et dans certaines zones rurales, leur fermeture voit la fin du dernier commerce de proximité présent.

Amplification du marché parallèle

«Il y a vingt ans il y avait plus de 350 buralistes dans le département aujourd’hui nous ne sommes plus que 171.» La position transfrontalière avec le Luxembourg explique, en grande partie cet état de fait. Si des reprises de débit de tabac sont effectuées (notamment par la communauté turque), bon nombre de récentes créations se sont soldées par des fermetures.

«Beaucoup ont cramé en vol du fait de la conjoncture générale !» Le vaste plan de transformation engagé par cette profession depuis 2018, avec le lancement du premier fonds de transformation visant à accélérer la diversification jugée vitale du réseau des buralistes, ne semble plus suffire. Cette diversification s’est caractérisée par des virages à 180 degrés par rapport à l’ADN des buralistes de vente de tabac (qui représente encore pour une grande majorité entre 40 et 50 % de leur CA voire plus). À côté des services traditionnels de distribution de la presse, des jeux, d’autres services comme les paiements de proximité de certains impôts et factures de la Direction générale des finances publiques, du dépôt et retrait de colis ou encore des services de néo-banque, se sont multipliés. Un ralentissement certain dans cette diversification apparaît s’opérer.

«Du fait de la conjoncture politique et économique actuelle, des augmentations récurrentes des prix du tabac, notre réseau est confronté à l’amplification du marché parallèle et des ventes à la sauvette au profit des réseaux organisés», continue Hervé Garnier.

«Les conséquences directes de ces augmentations font que depuis plusieurs semaines, les cambriolages et les braquages de débits de tabac se multiplient à l’échelon national car les paquets de cigarettes se revendent facilement.» Pour le président meurthe-et-mosellan «la vente de contrebande ne cesse d’augmenter et elle devient aussi importante, voire même plus, que le trafic de stupéfiants.» Difficile de faire face !

© Benjamin Prost Les buralistes craignent aujourd’hui pour leur sécurité.

«Si en Meurthe-et-Moselle, au moment où je vous parle, aucun cambriolage n’a encore été répertorié, notre profession vit dans l’angoisse. Cette situation est très inquiétante pour notre sécurité et celle de nos clients et surtout traumatisante pour les collègues qui ont été confrontées à ces violences

Malgré ce climat général d’incertitudes, les buralistes entendent «surmonter ces difficultés en continuant à nous remettre en cause pour nous transformer. Nous sommes des entrepreneurs et reconnus comme des commerçants engagés au cœur des territoires et d’utilité locale.» Reste qu’aujourd’hui les éléments apparaissent de plus en plus difficiles à maîtriser.



Cannabis récréatif les buralistes sur la ligne

La récente proposition de loi des députés Antoine Léaument (LFI) et Ludovic Mendes (apparenté EPR) visant à légaliser la consommation récréative de cannabis dans un objectif de santé publique et de lutte contre les réseaux criminels, relance, de nouveau la position des buralistes sur le sujet. «Comme pour la nicotine, nous nous positionnerons pour devenir référents si l’occasion se présente», assure Hervé Garnier, le président de la Fédération des buralistes de Meurthe-et-Moselle.