Le délicat accompagnement des mères souffrant d'addiction
Grossesse et maternité sont des périodes particulièrement délicates dans la vie des femmes souffrant d'addiction. Confrontées aux risques de placement des enfants, à des risques sanitaires ou des prises en charge parfois...

Grossesse et maternité sont des périodes particulièrement délicates dans la vie des femmes souffrant d'addiction. Confrontées aux risques de placement des enfants, à des risques sanitaires ou des prises en charge parfois défaillantes, les mères peuvent bénéficier d'accompagnements spécifiques.
Au Centre d'accueil et d'accompagnement à la Réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) Espaces-Femmes, à Paris, le personnel a une attention particulière pour la prise en charge des mères usagères de drogues.
Entre deux échanges avec la dizaine de femmes présentes au centre, Jessica, éducatrice depuis deux ans au CAARUD et qui ne veut pas donner son nom, décrit à l'AFP "une méconnaissance de ce public-là" pouvant "induire des choses d'office dans l'accompagnement à la parentalité".
La mère peut ainsi être "vite catégorisée comme consommatrice", déplore-t-elle.
"L'usage de drogue est rarement perçu comme pouvant être régulé ou contrôlé, donc on estime qu'une femme enceinte ou une mère consommatrice met forcément son enfant en danger", décrypte auprès de l'AFP Sarah Perrin, autrice d'une thèse sur les femmes usagères de drogues insérées et responsable scientifique au fonds de recherche "Savoir + Risquer -".
Ce regard négatif peut "créer des consommations ou des comportements cachés qui sont un frein à l'accès aux soins", abonde Julia Monge, sociologue, qui a décidé de former des étudiants infirmiers à Castelnau-le-Lez, près de Montpellier, pour les sensibiliser à l'accompagnement de ce public.
"Je leurs apprends à orienter les discussions avec des questions ouvertes, parler de leur quotidien, plutôt que de cibler ce qui pourrait poser problème, selon eux, dans la parentalité", explique la formatrice.
Ces mères sont en effet exposées à des remarques brutales du personnel médical. Maïssa, 31 ans, sortie de la dépendance à l'héroïne et au cannabis, se souvient ainsi des sages-femmes qui "voulaient" la "forcer à avorter".
Recevoir sans juger
Pour éviter tout jugement, Simone, infirmière au CAARUD Espace-Femmes qui n'a pas souhaité donner son patronyme, veille à "accueillir leurs paroles", pour "les accompagner comme elles nous autorisent à le faire".
Certaines femmes arrivent au centre sans avoir forcément conscience d'être enceinte en raison d'une aménorrhée (absence de menstruations) provoquée par la prise de substances.
Les femmes peuvent aussi être suivies dans un des 500 centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) dédiés au suivi médical et psychologique des personnes atteintes d'addiction.
Dans le XVIIe arrondissement de Paris, l'Hôpital Marmottan en fait partie et dispose d'une unité, où la médecin Dominique Boubilley reçoit les patientes.
"Si une femme vient nous voir, on réalise presque automatiquement une prise de sang afin de vérifier s'il y a grossesse ou non. Ensuite, c'est du cas par cas, mais nous allons établir un premier bilan le premier trimestre et les mettre en lien avec une équipe obstétrique", détaille la docteure.
Les CSAPA et les CAARUD coopèrent avec des unités spécialisées, comme les équipes de liaison et soins en addictologie (ELSA) de la maternité de l'Hôpital Bicêtre, qui effectue un suivi spécifique de ces femmes.
L'addictologue et psychiatre Sarah Coscas, à l'origine de l'ouverture de la consultation addictologie dans la maternité, souhaite "être au plus proche d'elles durant la grossesse". "J'effectue une évaluation à la fois médicale, psychiatrique, sociale et addiction afin d'orienter soit vers une réduction des risques (réduire les consommations), soit vers une abstinence, en fonction des besoins des patientes", explique-t-elle.
Bulle
Un autre défi s'impose après la grossesse: accompagner le post-partum, qui "prolonge cette bulle de la maternité" dans laquelle les femmes disposent d'un "facteur motivationnel" pour réduire ou arrêter leur consommation, selon la psychiatre.
Entre suivi de l'allaitement et détection des symptômes de dépression post-partum, les équipes de la maternité de Bicêtre maintiennent un lien régulier avec ces mères.
S'il y a le moindre doute sur la capacité du parent à s'occuper du nourrisson, une alerte est transmise à la cellule de recueil et de traitement des informations préoccupantes (CRIP), pouvant déboucher sur un placement du bébé par l'Aide sociale à l'enfance (ASE).
Après l'accouchement, et si l'enfant reste auprès de sa mère, Bénédicte, cheffe de service au CAARUD Espaces-Femmes, assure aussi le lien avec les unités mère-enfant(UME), des structures hospitalières prenant en charge les situation de souffrance psychique périnatal.
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