Droits de douane: la France appelle les entreprises au patriotisme

Face aux droits de douane massifs annoncés par les États-Unis et les risques pour l'emploi en France, le ministre de l’Économie a appelé vendredi les entreprises françaises à faire preuve de "patriotisme", leur promettant un...

Face aux droits de douane massifs annoncés par les États-Unis et les risques pour l'emploi en France, le ministre de l’Économie a appelé vendredi les entreprises françaises à faire preuve de "patriotisme", leur promettant un "accompagnement" pour affronter d'éventuelles turbulences économiques. 

Les déclarations d’Éric Lombard sur BFMTV/RMC interviennent au lendemain de celles du président Emmanuel Macron appelant à suspendre les investissements outre-Atlantique, dans le cadre d'une riposte européenne qu'il souhaite "proportionnée" afin de laisser sa chance à la négociation avec les Américains.

"Nous faisons appel au patriotisme", a déclaré M. Lombard. "Il est clair que si une grande entreprise française acceptait d'ouvrir une usine aux États-Unis, ce serait donner un point aux Américains."

Un conseil national de l'industrie se tiendra mardi à Bercy "avec l'ensemble des filières, et les représentants à la fois des employeurs et des salariés", a annoncé le ministre de l'Industrie, Marc Ferracci. 

A l'origine d'importants investissements sur le sol américain annoncés en mars, l'armateur français CMA CGM (20 milliards de dollars) et le géant des équipements électriques Schneider Electric (700 millions de dollars) n'ont pas souhaité indiquer vendredi s'ils les maintenaient ou non. 

Le géant des matériaux Saint-Gobain, qui avait dévoilé en février un investissement de 40 millions de dollars pour construire une usine dans l'Etat de New York, a, lui, tranché: "pas de suspension" car il a été décidé pour desservir le marché américain.

Le président américain Donald Trump a signé mercredi un décret généralisant des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations arrivant aux États-Unis, et de 20% supplémentaires pour celles arrivant de l'Union européenne, faisant dégringoler les marchés financiers et suscitant des représailles chinoises. 

Emplois menacés

Les entreprises françaises sont bien implantées aux États-Unis, où la France était le troisième investisseur européen et le cinquième investisseur étranger en 2023.

"La première inquiétude, (..) celle qui doit nous alerter, c'est pour les producteurs français, pour les entreprises qui produisent et exportent aux États-Unis", a déclaré le Premier ministre François Bayrou, avertissant que des "dizaines de milliers d'emplois [étaient] menacés" dans le domaine agricole, viticole et des spiritueux.

Pour Éric Lombard, la riposte européenne doit "nous conduire à la table de négociation", laquelle se fait "d'égal à égal", l'économie européenne pouvant se prévaloir d'un marché intérieur de 450 millions de consommateurs.  

"Nous avons tout à fait les moyens de négocier (...) pour obtenir un désarmement [des mesures annoncées, NDLR] le plus rapidement possible. Le dialogue se poursuit en permanence", a-t-il ajouté.

Il a averti qu'une riposte pourrait aller "au-delà des droits de douane", évoquant normes, échange de données ou outils fiscaux, afin de ne pas "désorganiser l'échelle de valeurs en Europe".  

Son collègue Laurent Saint-Martin (Commerce extérieur) a défendu un "rapport de force" avec Washington afin d'obtenir une "négociation efficace".

Alors que se prépare le budget pour 2026 dans un contexte très contraint pour les finances publiques, le gouvernement redoute un nouveau coup de frein à la croissance, déjà pénalisée par les fortes incertitudes internationales. 

Déficit malmené?

La Banque de France a déjà abaissé de 0,2 point à 0,7% sa prévision de croissance pour 2025 et le gouvernement pourrait prochainement suivre le mouvement, possiblement le 15 avril lors d'une conférence sur les finances publiques. 

Une détérioration de l'économie entraînerait aussi le risque pour la France de manquer son objectif d'un déficit public à 5,4% du produit intérieur brut en 2025, contre 5,8% en 2024, a suggéré le ministre, excluant un coup de rabot supplémentaire sur les dépenses ou des hausses d'impôts. 

L'objectif de réduction du déficit est toutefois maintenu, a ensuite précisé son ministère. 

Pour prémunir les entreprises exportatrices, Éric Lombard leur a promis un "accompagnement" par le ministère, avec notamment des échanges réguliers, à l'instar de la réunion jeudi à l’Élysée avec les filières les plus exposées, comme l'aéronautique, la viticulture ou les cosmétiques.

Outre la mobilisation de la banque publique d'investissement Bpifrance, le ministre a demandé aux banques d'être attentives aux entreprises qui pourraient se retrouver en difficulté. 

"Les banques françaises seront bien évidemment aux côtés de leurs clients dans cette période d'incertitude", a réagi la Fédération bancaire française. 

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