Face aux défis internationaux, la Grèce investit massivement dans sa défense
La Grèce, membre de l'Otan, lance la refonte de son armée "la plus importante" de son histoire moderne à laquelle elle va consacrer quelque 25 milliards d'euros, emboîtant le pas de plusieurs partenaires au sein de l'UE face...

La Grèce, membre de l'Otan, lance la refonte de son armée "la plus importante" de son histoire moderne à laquelle elle va consacrer quelque 25 milliards d'euros, emboîtant le pas de plusieurs partenaires au sein de l'UE face aux défis grandissants pour la sécurité de l'Europe.
Devant le Parlement, le chef du gouvernement conservateur a insisté sur l'"environnement international incertain" et les "déplacements de puissance non seulement géopolitiques et structurels mais aussi économiques et technologiques" en cours.
"Cela implique de nouveaux défis pour l'ensemble du continent européen (...) mais aussi pour des pays comme le nôtre", un pays "petit peut-être en superficie" mais "grand en importance et en dynamisme" en raison de sa position géographique stratégique en Méditerranée orientale, aux frontières extérieures de l'Union européenne, a-t-il souligné.
La France, l'Allemagne et la Pologne ont récemment annoncé vouloir renforcer leurs armées au moment où la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré que l'Union européenne devait augmenter significativement ses dépenses d'armement dans un contexte géopolitique tendu.
Kyriakos Mitsotakis n'a pas détaillé le calendrier de cette réforme dotée de 25 milliards d'euros mais selon des sources ministérielles, elle doit s'étaler sur douze ans.
Cet investissement va contribuer à "la transformation la plus importante" des armées dans l'histoire moderne du pays avec "l'intégration des nouvelles technologies de défense", "des véhicules sans pilotes, des drones, des (systèmes) antidrones et le recours à l'intelligence artificielle", selon lui.
Client historiquement important de l'industrie de la défense européenne et américaine, la Grèce consacre un pourcentage plus élevé de son PIB à la défense par rapport à la moyenne des pays européens.
Ce pays, où la conscription est obligatoire pour les hommes de 19 à 45 ans, entretient des relations acrimonieuses marquées par des tensions récurrentes avec la Turquie, rivale voisine mais aussi partenaire au sein de l'Otan.
Actuellement la Grèce est l'un des quatre pays de l'Alliance qui dépense plus de 3% de son PIB aux dépenses de défense, derrière la Pologne, l'Estonie et la Lettonie. Pour 2025, son budget défense atteint 6,13 milliards d'euros.
Bouclier d'Achille
"Notre capacité à dépenser davantage pour la défense fait de nous des acteurs critiques dans la nouvelle architecture de défense européenne", a jugé Kyriakos Mitsotakis.
Outre l'acquisition de 20 avions de combat F-35, pour lesquels un accord a déjà été signé, Athènes veut renforcer son dôme antiaérien actuel avec des armes nouvelles, des drones navals et aériens, ou des radars.
Le projet "le plus emblématique" de cette réforme est "le Bouclier d'Achille", un dôme qui combine les moyens de défense aérienne existants avec de nouveaux systèmes de protection "antimissile ou antibalistique", a-t-il expliqué.
Athènes cherche ces dernières années à renforcer sa position géopolitique en Méditerranée orientale, proche des zones conflictuelles du Moyen-Orient.
"Historiquement, la Grèce a servi et continuera de servir d'avant-poste pour l'Europe, qui actuellement cherche à réorganiser sa défense dans une conjoncture internationale difficile", explique à l'AFP Maria Gavouneli, professeure de droit international à l'université d'Athènes.
La Grèce a toujours justifié sa course aux armements par ses différends historiques avec Ankara, en particulier la délimitation de la zone exclusive économique (ZEE) en mer Egée.
refonte "nécessaire
La réorganisation de l'armée s'avère "nécessaire", analyse également Maria Gavouneli, en raison des retards accumulés dans la modernisation de ses armements et munitions durant la longue crise financière.
Le pays a conclu ces dernières années des accords en matière de défense avec la France, les Etats-Unis et Israël.
La Grèce avait signé avec la France en 2021 un accord de coopération militaire en commandant 24 avions de combat Rafale et trois frégates de défense et d'intervention (FDI),baptisées Belharra à l'export, pour plus de 5,5 milliards d'euros.
Selon une source au sein de Naval Group, une proposition a été faite pour fournir quatre FDI supplémentaires à la Grèce qui seront construites dans les chantiers navals grecs, une valeur ajoutée pour le renforcement de l'industrie de défense du pays.
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