Association des maires ruraux 54 : la force de la ruralité
Maire de Coyviller, village meurthe-et-mosellan de cent cinquante âmes et présidente depuis deux ans de l’Association des maires ruraux de Meurthe-et-Moselle, Florence Picard a la ruralité chevillé au corps. Si le récent Pacte régional pour la ruralité s’affiche comme une avancée certaine pour la prise en compte de ces territoires, représentant plus de 90 % de l’espace régional, la véritable reconnaissance de ses élus demeure un combat quotidien.

Le Pacte pour la ruralité, développé par la Région Grand Est, entend répondre aux attentes et aux aspirations de vos territoires notamment en termes de développement économique, comment appréhendez-vous cette feuille de route et avez-vous déjà ressenti ses effets ?
Le fait d’afficher cette volonté d’aller vers la ruralité ne peut être que salué. C’est innovant de la part de l’exécutif régional et cela ne peut que contribuer à la reconnaissance de la ruralité. Au niveau des communes, c’est un soutien notamment en matière d’ingénierie. Un important travail de simplification administrative a été réalisé pour permettre aux élus ruraux de se voir faciliter notamment leurs demandes de subvention.
Concrètement le Pacte pour la ruralité vous a-t-il permis de réaliser des choses que vous n’auriez pas pu faire autrement ?
À Coyviller, village de cent cinquante habitants où je suis maire depuis 2020, cela nous a permis de réaliser des projets d’envergure pour des communes de notre taille. Nous avons pu réaliser la rénovation de notre aire de jeux et nous travaillons aujourd’hui sur la mise en place d’un système de vidéo-surveillance dans le village.
Un système de vidéo-surveillance dans un village de 150 âmes est-il réellement nécessaire ?
L’insécurité n’est pas l’apanage des grands bourgs ou des villes centres. Les territoires ruraux sont des cibles aujourd’hui. Sur notre territoire, bon nombre de villages sont aujourd’hui équipés de ce type de système. Tout le monde équipe ses communes aujourd’hui. Un membre de mon conseil municipal m’a interpellée en me disant que si nous étions les seuls à ne pas être équipés, il y avait un risque de report des vols sur notre territoire. Coyviller aura donc très prochainement son système de vidéo-surveillance.
Ce sentiment d’insécurité généralisé, voire banalisé, s’accompagne également des violences notamment envers les élus. Les maires ruraux sont-ils également concernés ?
Les maires ruraux sont loin d’être à l’abri ! Nous sommes à portée de baffes de nos concitoyens. Tout le monde sait où l’on habite, c’est du contact direct. Les habitants savent où nous trouver. Ce n’est pas comme dans les grandes villes où les choses sont plus impersonnelles. Les violences envers les maires ruraux sont une réalité.

© Johann Marin-Thiery En Meurthe-et-Moselle, sur les quelque 591 communes répertoriés, 545 sont rurales.
Les territoires ruraux représentent plus de 90 % de l’espace régional, les élus ruraux sont-ils réellement reconnus comme leurs homologues des autres territoires ?
En Meurthe-et-Moselle, vous avez 591 communes dont 545 sont rurales. Nous regroupons environ un peu plus de 30 % de la population mais couvrant plus de 90 % du territoire. Le problème, même si les choses avancent, est que l’État privilégie les pôles d’habitations. Les maires ruraux se considèrent encore trop souvent comme des «petits» maires qui n’ont pas la légitimité à pousser les portes de la Préfecture, du Département, de la Région. Il ne faut pas oublier que nous représentons l’État, nous sommes officiers de police judiciaire sur nos territoires. Les maires ruraux gèrent l’espace, les forêts, l’eau, les terres, l’air. À un moment donné, nous avons autant de légitimité à être entendu. Nous sommes encore trop souvent considérés comme des «pecnots».
C’est tout un pan de votre action au sein de l’Association des maires ruraux de Meurthe-et-Moselle que vous présidez depuis deux ans ?
Nous nous devons de peser pour être entendus et représentés dans les différentes instances. Aujourd’hui, nous y sommes présents. Il est indispensable de jouer collectif pour que la ruralité soit réellement représentée. Il faut un groupe qui ait du poids car trop souvent notre avis ne compte pas.
Comment y êtes-vous parvenue ?
L’association a réalisé un important travail de structuration et un nouveau dimensionnement. Onze vice-présidents sont aujourd’hui présents ce qui permet d’être représentés dans les différentes instances du Pays-Haut jusqu’au Lunévillois. Chacun est chargé d’une thématique spécifique à l’image de la sécurité, des écoles, de l’environnement. En se musclant, nous avons pu être considérés et surtout légitimés. En Meurthe-et-Moselle, l’État via la Préfecture a joué le jeu. Madame la préfète a été à l’écoute et aujourd’hui nous sommes systématiquement concertés. Quand je suis arrivée à la présidence de l’association, il y avait cent dix adhérents et nous sommes passés à deux cent cinquante.
D’où vous vient cet engagement ?
J’ai eu une enfance urbaine mais je suis tombée amoureuse de la ruralité, de ses valeurs de partage, de ce bon sens paysan et de cette solidarité. Les gens sont formidables en campagne.
Une campagne qui voit sa population évoluer notamment avec l’arrivée de plus en plus importante d’anciens citadins optant pour une vie champêtre. Comment se passe la cohabitation avec les ruraux historiques ?

© Johann Marin-Thiery Le Pacte pour la ruralité a permis au village de Coyviller de rénover son aire de jeux.
Force est de constater que ce phénomène des néo-ruraux est une chance pour nos communes mais qu’il faut parfois du temps pour que les choses se déroulent bien. Cela dépend des cas mais dans une grande majorité, au début, ils ne s’insèrent pas réellement. Ils habitent le village mais ils n’y vivent pas. Ils partent travailler le matin, reviennent le soir en souhaitant surtout avoir leur zone de paix. Aux fêtes du village, nous ne les voyons pas. Ils sont un peu décalés mais avec le temps les choses évoluent. Il ne suffit que de peu de choses comme des partages d’expériences de vie. À Coyviller, le fait d’avoir remis en place un foyer rural, des associations permettent que la cohabitation se passe bien. Nous sommes cent cinquante, nous sommes une grande famille et si nous commençons à nous tirer dans les pattes, nous nous n’en sortons pas.
Reste que les batailles autour du chant du coq ou encore du tocsin de l’église ne sont pas prêtes de disparaître ?
C’est un peu le miroir de notre société devenue trop individualiste ! Les gens sont devenus des consommateurs, ils viennent s’installer à la campagne mais n’acceptent pas le mode de vie. Aujourd’hui, j’ai beaucoup de remontées sur le fait que les tracteurs des agriculteurs mettent de la terre sur la route lors de leur passage et que cela salit les voitures. Il faudrait que les agriculteurs nettoient la route après leur passage. C’est à ce type de chose auquel nous sommes confrontés.
C’est toute la question de l’engagement du citoyen dans sa commune qui est d’ailleurs l’objet d’un ouvrage de Cédric Szabo, le directeur de l’Association des maires ruraux de France, «La Démocratie du quotidien» ?
Il faut que nos concitoyens s’impliquent, surtout dans le contexte actuel, l’action à l’échelle locale est plus que possible et elle peut faire avancer les choses. Il nous faut aujourd’hui jouer collectif avec toutes nos différences. C’est cela la vraie force de la ruralité.
Scrutin de liste, avancée pour le statut de l’élu ?
La fin du «tir aux pigeons» lors des élections municipales dans les communes de moins de 1 000 habitants. Le Sénat a adopté la notion de scrutin de liste à toutes les communes. Jusqu’à présent, dans les communes de moins de 1 000 habitants, les électeurs pouvaient rayer des noms sur les bulletins et composer eux-mêmes leur conseil municipal. Avec ce changement, seuls des groupes constitués d’avance pourront se présenter aux élections (comme c’est le cas dans les autres communes). «Cela va favoriser l’implication de tous et notamment des femmes dans les conseils municipaux», assure l’Association des maires ruraux de France. «C’est une avancée qui devrait permettre de voir l’évolution attendue du statut de l’élu», assure Florence Picard, la présidente de AMR 54. Une loi devrait être examinée au Sénat au mois de mai.